Un amour de Terrine<o:p></o:p>
Par Claire Delhomme.<o:p></o:p>
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Chapitre 1
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Viens, ça sera génial, tu verras !
Tu parles ! Déjà, louer une baraque au fin fond de la campagne, ça ne me disait pas trop. Moi, au bout de deux jours de verdure à perte de vue, jai tendance à faire des overdoses de chlorophylle. Mais là, ça commence sérieusement à sentir le plan foireux à plein nez. Je suis dans train et dans quelques minutes, jarriverai à Bourg-en Bresse, où mes chers amis doivent venir me chercher. Sauf quils viennent de téléphoner et il semblerai quil y est un petit changement programme : finalement ils ne viendront que dans quelques jours. Lexcuse : bidon. La seule chose que je comprends cest que je vais passer les premiers jours de ces vacances si prometteuses toute seule dans un village perdu au fin fond du néant campagnard. En plus, la climatisation du train est tombé en panne alors quil doit faire 72°c à lombre. Depuis Paris, jen suis déjà à ma quatrième mini bouteille dEvian.
Génial nest peut-être pas le bon mot
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Bien sûr, quand jarrive à la gare, je ne trouve pas de taxi. Evidemment. Et Après avoir discuter avec le patron dun troquet, il semble que le moyen le plus simple pour rejoindre le village dindien où mattend ma location à soixante petits kilomètres dici- cest dattendre le lendemain matin et de partir avec la boulangère. Mais non, ça la dérangera pas, cest une amie à lui, et elle adore discuter alors ça lui fera plaisir davoir un peu de compagnie. Bon, va pour la boulangère. De toute façon, vu lheure, je nai pas trop le choix.
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Le lendemain, après avoir passer une nuit dans un vieux Campanile, jembarque à bord dune vieille camionnette à croire quils ont rien de neuf ici- avec la boulangère. Elle a lair sympa, le problème cest queffectivement elle aime parler. Beaucoup. Trop. Et en plus, il y a un petit détail que je navais pas capté : ce nest pas elle qui maccompagne au village, cest moi qui laccompagne dans sa tournée ! Donc au lieu de mettre une demi heure, il nous faut trois heures de route, le temps de passer par tous les hameaux de la régions. Comme cest une gentille femme, elle a lextrême amabilité de me faire lhistorique de chaque clocher, de me retracer la généalogie de chaque famille et de me raconter les rumeurs de chaque coin de rue. Jaime les potins, mais savoir que Madame Simone a déchiré une carte postale le mois dernier puis a donné une claque à Marcel parce que son tracteur puait, très honnêtement, je narrive pas à mintéresser, oui, même en faisait un gros effort. Enfin bon, au bout de trois heures qui en paraissent mille, et où jai vaillamment résisté à lenvie darracher le pare soleil pour assommer mon chauffeur bavard, jarrive sur la place de Poncin.
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Ô joie, Ô bonheur. Me voilà comme Ulysse ayant enfin atteint les rivages dIthaque. Soulagée dêtre enfin arriver, je remercie tout de même Martine. Mais mon bonheur est hélas de courte durée. Où suis-je tombé. Quai-je fais pour mériter ça ? Moi qui ai du mal à survivre loin du métro, de la place Soufflot et du jardin des plantes ?? Cest une mauvaise blague ou une caméra cachée, mais je refuse de croire que lendroit « trop coooool » choisi par mes potes soit ce village de quatre-vingts seize habitants dont soixante-treize du troisième âge ! Maintenant cest sûr, je vais mourir.
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Bon comme je suis super courageuse, je soulève quand même ma valise et je prends la première - et unique - rue afin de trouver mon gîte. Lavantage, cest que je risque pas de me tromper, il ny en a quune seule avec laffreux macaron « gîtes de France ».
Sauf que je nétais pas censé être la première ici. Donc je nai pas les clés Là première angoisse. Il me faut bien dix minutes pour trouver un endroit où mon portable capte afin dappeler mes amis pour avoir le numéro ou ladresse du propriétaire. Ce délai signifie que je vais passer quelques jours seule au monde, dans un endroit où je naurais pas constamment cinq barrettes de réseau ! Je commence à avoir des sueurs froides . Respirer profondément. Je finis par obtenir une tonalité et à récupérer le numéro.
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Une fois prévenu, le proprio ne met que quelques minutes à venir, faut dire quil habite dans le village aussi. Cest un vieux monsieur, assez gentil, qui en qui a un talent remarquable. En moins de trois minutes montre en main il vient de ma raconter une grande partie de sa vie marital, son mariage, le caractère difficile de sa femme et est ce que je veux bien arroser sa plante verte ? Il parait quelle fait une allergie alors que lui les adore. Du coup il en a mis un dans la maison, et il vient tout les deux jours pour soccuper delle. Il ma dit le nom mais je lai oublié dans seconde qui suivit.
Puis je découvre avec quelques appréhension lintérieur de la maison. Tout dabord la cuisine. Immédiatement ça va mieux. Il y a un four micro-onde donc je ne vais pas mourir de faim. Comble du luxe, je découvre ensuite une machine à café. Ma survie sera peut-être possible finalement
Comme il est déjà presque midi, je décide de continuer mon exploration après le déjeuner. Sauf que le frigo est vide. Evidemment. Heureusement, face aux grands problèmes, je nai jamais eu peur de prendre les grandes décisions nécessaire. Je décide donc immédiatement de planter un potager. Dun côté, je mettrais les légumes et de lautre, des herbes aromatiques en tout genre. Et je construirai une petite fontaine en marbre blanc. Et je pourrai élever quelques poules et des lapins. Et je ferais des tartes aux myrtilles.
Javoue, en fait, jai juste fini de manger le paquet de petits Lu que javais encore dans mon sac, un paquet entier de fraises tagadas dailleurs ça écure très vite - et un chewing-gum. Le tout arroser dun grand verre deau. Les poules et la tarte attendront
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Voilà, ça cest fait Comment vais-je occuper mon après-midi moi ? Ici, sans voiture, sans réseau, sans ordinateur, sans personne ? Jamais à court didées, je prends ma valise et je commence à explorer mon nouvel intérieur. On appelle ça la « familiarisation avec le milieu hostile ». En premier, le salon. Rien de très intéressant, sauf un lecteur DVD. Mais je nai pas de DVD avec moi, évidemment. Je découvre aussi la plante dont je dois moccuper. Elle trône dans un pot en plein milieu de la table de basse. Personnellement, je lui trouve rien de particulier, mais la botanique, ça na jamais été mon fort. Puis les toilettes. A létage, quatre chambres et deux salles de bain. Je prends tout mon temps pour choisir la plus belle pièce, les premiers arrivés sont les premiers servit, et toc ! Je minstalle tranquillement, je vide ma valise, je retouche mon gloss., je vérifie labsence de message sur mon répondeur Il doit au moins être 14h là. Je vérifie avec espoir à mon poignet. 12h15. Et là, tout à coup, je ressens comme une vague de panique. A la campagne, le temps sarrête pour moi. Je vérifie ce phénomène depuis que je suis toute petite. A chaque fois cest pareil. Il suffit que je méloigne un peu des relais téléphone, quil y ait autour de moi trois champs et que je sois à moins de deux cent mètre dune vrai vache et là ça ne loupe jamais. Le temps sarrête, lair semble immobile et jentends mon propre souffle. Langoisse totale. Jai du mal à respirer. Jai besoin du contact de la civilisation. Tout de suite.
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Chapitre 2<o:p></o:p>
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Cest ainsi, avec la ferme attention de pactiser avec les peuplades de ces terres reculées, que je quitte la maison. Jadore les gâteaux secs, mais de la à ne manger que ça pendant trois jours, il y a tout un monde.
Je sors dans la rue et me dirige lentement vers la place centrale. Lambiance est menaçante. Il fait très chaud. Tout est silencieux. Le village semble désert. On se croirait dans un mauvais Western, surtout quand je vois une poule traverser la rue en picotant. Jessaye de me concentrer sur mon objectif : trouver de quoi remplir mon frigo. Je me laisse guider par une odeur alléchante de poulet rôti. Cette solution est mille fois plus simple que celle de courir moi-même après la volaille qui refuse de ce laisser attraper, chose que je comprends parfaitement. Cest ainsi que jatterrie dans la petite boucherie local. Tant mieux pour moi, cette boutique semble être le point de ralliement du village, là où tout se passe, là où ça bouge ! C'est-à-dire quau moment où jarrive, il y a trois vieilles dames et le boucher qui discutent avec animation. Lune est assise sur une chaise, son caddie coller à elle. Lautre tiens dans ses bras un genre de caniche affreux qui aboie aigu. Je déteste les chiens et encore plus les caniches qui aboient aigu. La troisième, superbe dans sa jolie blouse fleurie très estivale, bouge avec conviction les bras dans tous les sens pour appuyer ses propos. Mais au moment où jentre, jassiste à un magnifique arrêt sur image grandeur nature. En une fraction de seconde, les trois arrêtent leur bavardage, se tourne vers moi et me passe au scanner intégral. Cest encore pire que lors dun entretient dembauche ! Faut dire que je ne dois pas avoir le look couleurs locales avec mes sandales compensées, mon sac à main top tendance et ma manucure nickel. Heureusement quelles ne savent pas que jai mon pass navigo dans une poche et un téléphone dernière génération dans lautre. Puis, brusquement, comme si je navais jamais fais irruption dans leur monde, elles repartent de plus belles dans la critique gastronomique du dernier déjeuner de famille donner par la voisine, Madame Jeannine semble-t-il. Résignée à mourir dennuie debout, je passe en revue la boutique du regard. Elle a tout les détails du commerce de proximité villageois. A gauche de la porte, un grand bac remplie de paquets de chips en tout genre. Personnellement, je déteste ceux avec les goûts chimiques et bizarres genre « barbecue » ou « bolognaise » et pire encore « oignon ». Jai toujours eu un problème avec les produits « goût oignon ». Une fois, lors dun voyage scolaire en Angleterre, alors que javais vraiment faim, une fille ma proposer un muffins que sa famille daccueil lui avait donné. A loignon. Sauf que je ne le savais pas. Et les muffins aux oignons, ce nest pas bon du tout Une autre fois, sur un marché de Noël, javais pris une grande cuillère de confiture à la poire. Et surprise ! Je navais pas pioché dans le bon pot et jai avalé une grande bouché à loignon. Et la confiture à loignon, quand on attend de la poire, ce nest pas bon du tout Mais je mégare là. Sur le même mur, il y avait des étagères avec des boites de paquets et des conserves. Tout le côté droit était occupé par la vitrine. Jai toujours trouvé ça un peu écoeurant : les salades composés qui ne ressembles à rien, les pâtés en croûte, toutes ces choses qui flottent dans de la gélatine brunâtre, et ces tranches de viandes sanguinolentes. Le pire dans tout ça, se sont les cervelles et les langues. Brrr rien que dy penser ça donne la chair de poule. Je relève donc assez rapidement les yeux. Comme dans presque toutes les boucheries du pays, il y un poster au mur avec un cochon en costume, qui rigole. Je ne comprend pas. Pourquoi ont-ils tous cet affreux poster ? Cest un cadeau offert pour « toute boucherie ouverte » ? Et bien sûr, sur le comptoir, il y un autre petit cochon, en céramique celui là et avec une fente sur le dos. Il y a-t-il vraiment des gens qui donne un pourboire à leur boucher ?? Je trouve lidée étrange, après tout on nen donne pas dans les grands magasins, ou quand on achète un tee-shirt Lattente séternise, cest-à-dire que jattends plus de cinq minutes, ce qui est intenable pour quelquun qui, comme moi, viens dune ville où quand on marche au lieu de courir cest quon a rien à faire là, je tente de mintéresser discrètement à la conversation.<o:p></o:p>
- Parait que le ptit de <st1:PersonName productid="la Jeanne" w:st="on">la Jeanne</st1:PersonName>, cest le portrait craché de son père cest pas facile de commencer dans la vie avec un tel handicap <o:p></o:p>
- Cest surtout triste pour la mère ! Si au moins il avait eu ses yeux, mais non ! <o:p></o:p>
- Cest comme Luc, le fils de Madame Bourdin, hier il a <o:p></o:p>
Lanecdote est amusante. Le boucher le remarque, ainsi que mon exaspération grandissante. Ok, cest parce que je pianotais des doigts sur le bord de la vitrine en soufflant un peu et en regardant en lair. Mais bon, je nallais pas rester ici, à attendre que les trois vieilles passent en revue toute la population du village, leurs descendances et les voisins des petits enfants ! Même si cest drôle à entendre. <o:p></o:p>
- Alors mademoiselle, quest ce quil vous faut ? <o:p></o:p>
Heureuse que ça soit enfin mon tour, je réponds en souriant.<o:p></o:p>
- Un poulet rôti sil vous plait.<o:p></o:p>
- Avec ou sans patates ? <o:p></o:p>
- Sans, merci.<o:p></o:p>
- Je suis désolé, elles ne veulent pas partir dit-il en agitant le sachet en papier.<o:p></o:p>
- Pardon ??<o:p></o:p>
- Les patates, elles ne veulent pas partir du sachet <o:p></o:p>
Il secoue de nouveau le sac sur lequel est représenté une poule entourée de petites pommes de terre de jaunes, sur un fond de campagne. Je comprends la blague, il parle du dessin. Cest misérable. Mais maintenant je sais pourquoi il y a foule dans sa boutique : cest LE rigolo du village, celui qui y met de lanimation, qui le fait vivre ! Je tente de sourire mais cest impossible. La blague nest vraiment pas assez drôle. Je dois faire une tête bizarre, parce quil rajoute : <o:p></o:p>
- Nattristez pas votre front gracieux, continuez à sourire, cest si joli. Et il me fait un petit clin dil en emballant mon futur dîner. Là, je suis étonnée. Je dois faire erreur, ce nest pas possible. Non, sérieusement ?
- Désolée, je dois rêver debout, mais merci, cest gentil à vous
- Riez pourtant ! <o:p></o:p>
- Du sort ignorez la puissance
Cest à son tour de faire un grand sourire. Je ne rêvais donc pas. Il est en train de me citer A une jeune fille de Victor Hugo. Je décide de le tester encore un peu, on ne sait jamais.
-Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres
- Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;<o:p></o:p>Maintenant que je suis sous les branches des arbres
<o:p></o:p>Et que je puis songer à la beauté des cieux <o:p></o:p>
A Villequier. Comme ça, sans hésiter, il complète les vers dun poème inconnu pour la plupart des littéraires que je fréquente habituellement. Jen reste bouche bée. Il a fallu que ça soit un boucher perdu au fin fond de la campagne. Jai tellement du mal à y croire que je tente un dernier vers.<o:p></o:p>
- Le rêve et la brume
-Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S'ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit. <o:p></o:p>
Laurore sallume. Sans faute, sans oublier un mot, il récite la fin de la strophe. Cet instant est magique. Pour la première fois de ma vie, je rencontre un homme qui :<o:p></o:p>
1) sache du Victor Hugo par cur.<o:p></o:p>
2) Ait moins de cinquante ans et ne sois pas à moitié chauve.<o:p></o:p>
3) Ait un plan B dans la vie autre que chanteur, poète ou clochard-bôhème. <o:p></o:p>
<o:p> </o:p> Lui aussi à lair content. Les trois vieilles, elles, sont muettes. On dirait trois statuts mais elles ne perdent pas un mot de la conversation. Je soit sûrement leur donner matière à causer pour les vingt prochains hivers. Il me tend le poulet. Je paye et je mapprête à quitter la boutique quand il me demande timidement :<o:p></o:p>- Mademoiselle, si je peux me permettre, si cela vous intéresse, il y a le serto à Nantua, demain matin, vous devriez venir
<o:p></o:p>- Le quoi ? <o:p></o:p> Devant mon ignorance, la vieille au caddie se met à pouffer. Je la calme immédiatement avec le regard-qui-tue-numéro-17. <o:p></o:p>- Le C-R-T-O. répète-t-il avec amabilité. Le Concours Régional de <st1:PersonName productid="la Terrine" w:st="on">la Terrine</st1:PersonName> dOr. <o:p></o:p>- Et bien, euh
pourquoi pas
<o:p></o:p>Pourquoi pas ? Jai déjà une très bonne raison qui me vient instantanément à lesprit : parce que je ne veux pas aller à une assemblée de rustres qui se réunissent pour manger du pâté en parlant cochon et volaille.<o:p></o:p>- Je ne sais pas, peut-être
<o:p></o:p>- Ça me ferai plaisir
<o:p></o:p>Mais il est touchant. <o:p></o:p>
- Je verrai Au revoir Monsieur. <o:p></o:p>
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Chapitre 3<o:p></o:p>
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De retour à la maison, je repense à la scène. Victor Hugo par cur quand même ! Où alors il nen connaît que trois et il a eu beaucoup de chance. Mais les probabilités sont minces. En plus il était plutôt mignon dans son genre mis à part le gros tatouage en forme de scorpion sur son bras droit et le petit en forme de triskèle celtique sur le poignet gauche. Je naime pas trop les tatouages, pour moi ça fait homme-qui-veut-faire-viril ou femme-qui-veut-faire-sexy alors quen fait, ça fait juste dessin-horrible-surtout-quand-on-vieilli. <o:p></o:p>
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Jétais en train de minstaller une chaise longue dans le petit jardinet derrière la maison, toute entière à mon analyse quand soudain la peur de ma vie ! Je me retrouve presque nez à nez avec une énorme vache ! Elle, pas un battement de cil, pas un poil qui bouge, elle me regardait tranquillement en mâchouillant un touffe dherbe. Mais moi, les animaux, cest encore pire que la campagne. Que ça soit un escargot mignon, un chien gentil, un bébé phoque trop chou ou une Montbéliarde qui sappelle Marguerite ça je le sais parce que cest écrit sur létiquette de son oreille je flippe. Pour la plupart des humains il y a : les insectes, les mammifères, les poissons, les reptiles et les oiseaux. Chez moi cest beaucoup plus simple : il y a les animaux dangereux et les animaux très dangereux. Ou alors parfois je change et ça donne : les animaux à éviter et les animaux répugnants. Pourtant, même si je déteste toutes les bêtes, cela ne mempêche pas dêtre révoltée quand on les maltraite, dêtre farouchement opposé au port de la fourrure et des bijoux en ivoire et de haïr les méchants qui font des marées noires qui tuent les oiseaux et les poissons. Donc je me retrouve nez à nez avec Marguerite. La situation est totalement ridicule. Elle porte un nom de jolie petite fleur des prés alors quelle fait au moins un mètre cinquante au garrot pour huit cent kilo de viande ! Elle sest sûrement échapper dun champ voisin. Et ce nest pas moi, avec mes cinquante-cinq kilo tout mouillé, mon livre et ma chaise longue, qui vais la déplacer. Surtout que tout mon être refuse catégoriquement de sapprocher. Brusquement, toujours sans bouger, elle me lance un long meuuuuuuuuuh. Je fais un bond de cinq mètres en arrière tellement je sursaute fort. Je suis sûre quen plus, elle se moque de moi, on dirait <st1:PersonName productid="la Vache" w:st="on">la Vache</st1:PersonName> qui Rit quand elle me regarde.<o:p></o:p>
Puis, tranquillement elle se met à avancer. Panique ! Elle se rapproche ! Alerte rouge ! Je me fais attaquer par un monstre à cornes ! Elle a une langue gigantesque quelle utilise pour nettoyer son nez qui coule ! Beurk ! Au secours ! <o:p></o:p>
Nécoutant que mon instinct de survie, je fais une prudente retraite dans la maison en priant très fort tous les dieux, même ceux de la mythologie grecque, de me sortir de ce mauvais pas. Je pense quils mont entendu vu que la vache, après avoir distraitement fait un tour sur la terrasse en ciment, a fait demi-tour. Je la suis du regard. Il y a dans le fond du jardin un grand trou dans la clôture, qui donne directement sur un troupeau. Je vais devoir vivre face à dix génisses plus grosse que ma voiture oui, je roule en smart, et alors ? pendant deux semaines. Cest sûr, je vais mourir. Le milieu est bien trop hostile <o:p></o:p>
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Jappelle donc rapidement le propriétaire de la maison pour lui expliquer mon problème dinvasion. Il a le culot de se marrer ! Il ne dois pas comprendre la détresse qui est mienne en cet instant. Savoir qua chaque instant mon espace vital peut être envahi par un représentant de lespèce animal est une angoisse que je ne peux pas supporter. Au lieu de compatir, il me dit que ce trou existe depuis des années, que ce nest pas grave, quen général les vaches ont la trouille et quelles ne devraient plus revenir maintenant quelles ont vu que la maison était de nouveau occupée. Mais ma voix commence à monter dangereusement dans les aigus. Je dois avoir lair hystérique puisque au bout dun moment il fini par accepter de venir régler mon problème de cohabitation. Je le remercie chaleureusement quand il me dit :<o:p></o:p>
-Au revoir, je passerai demain.<o:p></o:p>
- Très bien, merci beaucoup. A demain. Et nous raccrochons. <o:p></o:p>
Je ferme mon portable quand soudain je tilte. Demain ? Mais comment je vais passer laprès midi moi ? Je ne peux pas minstaller alors que le trou est là, béant ! Mais de là à le rappeler alors que je viens de me ridiculiser pendant dix minutes en le suppliant de faire quelque chose, cest trop. Je rapplique donc dans la maison, en espérant très fort ne pas avoir le droit au Retour de <st1:PersonName productid="la Vache II." w:st="on"><st1:PersonName productid="la Vache" w:st="on">la Vache</st1:PersonName> II.</st1:PersonName> Cette fois le salon me parait beaucoup plus accueillant, même si je regrette de devoir rester enfermer alors quil y a un super soleil dehors. De toute façon jai oublier mon tube de crème solaire indice 90. <o:p></o:p>
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Chapitre 4<o:p></o:p>
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Je tourne un peu en rond dans la maison. Je devrais profiter de cette solitude pour lire les romans que je dois lire pour la rentrée. Surtout quensuite je râle parce que je nai pas une minute de libre pour le faire. Mais jai avec moi deux perles de la littérature : Faust I et II de Goethe et Journal dun voyage de Montaigne. La deuxième partie du premier est si compliqué que même les grands critiques spécialisés narrivent pas à le commenter et le second est dun ennuie total. Pendant près de 300 pages, lauteur raconte le nombre de verres deau quil à bu dans chaque ville où il sest arrêté lors de son voyage, le nombre de fois où il a été aux selles et le nombres de bains quil à pris en détaillant le temps quil a passé dans chacun deux. A mourir. Cest à vous déprimer de la littérature. Pour compenser jai aussi amener Laccro au shopping dit oui de Sophie Kinsella, mais celui là je le connais presque par cur. Je sais, ma sélection nest pas top, mais je ne mattendais pas à finir toute seule je vous le rappelle !<o:p></o:p>
Je remonte dans les chambres et jouvre tout les placards. On ne sait jamais, je vais peut être découvrir un passage secret avec un long couloir souterrain. Puis au bout dune heure de marche dans une ambiance lugubre mais où je garderai tout mon courage, je déboucherai dans une magnifique salle de bal où mattendra un prince charmant endormi sur un grand fauteuil royal. Je le réveillerai dun baiser. Au moment même où il ouvrira les yeux, il tombera follement amoureux de moi. On dansera au son dune musique divine joué par des elfes blancs. Je porterai tout dun coup la plus belle robe de chez Dior. Puis il memmènera visiter son beau palais climatisé. Et il moffrira une immense bibliothèque avec la collection complète des Pockets. Et des Folios. Et des Livres de Poche. Ensuite, jaurai le droit à un dîner romantique cuisiné par George Blanc en personne. Jen étais là de ma rêverie quand tout dun coup, je découvre une grande planche en bois. Idéale pour, par exemple, boucher les trous dans les clôtures. Tout contente je redescends, non sans me planter une écharde dans le doigt.<o:p></o:p>
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Je pose la planche dans le fond du jardin puis je pars à la recherche doutils. Bizarrement, mon premier réflexe est de chercher dans le tiroir à couvert de la cuisine. Et oui, chez mes parents, il y à toujours un tournevis multi pointe rangé là. Une idée à ma mère. Dun autre côté, partie comme je suis, jaurais plutôt besoin de clous et dun marteau pour accrocher la planche entre les deux poteaux en bois. Je ne trouve rien non plus sous le canapé, endroit où moi je range habituellement les outils. Je fini enfin par trouvé mon bonheur dans le garage. Le premier problème, cest quil y a tout un atelier en fait. Du coup je dois choisir entre cinq marteaux différents et dix sortes de clous. Le second problème, cest que je ne suis absolument pas doué en bricolage et je nai aucune idée de ce dont jai besoin. Jattrape donc au hasard les premiers qui me tombe sous la main. On fera avec. <o:p></o:p>
Pleine de bonne volonté, je mattèle à la tâche. Je commence par vérifié soigneusement labsence totale de vaches, dinsectes ou doiseaux dans mon périmètre de travail. Je soulève la planche qui, par miracle, fait la taille exacte du trou. Cest super, en deux minutes cette histoire sera régler ! <o:p></o:p>
Puis je retourne dans la maison enlever lécharde de mon doigt, ça me fait mal. Une fois dans la salle de bain, je fais tomber ma pince à épiler. Comme elle est tombé entre le lavabo et la baignoire, je mets cinq minutes, en me contortionnant, à la récupérer. Déjà quil à fallu que je vide entièrement ma trousse de toilette sur le sol de la salle de bain pour la localiser Je fini par réussir lopération délicate dextraction sans pleurer. Mais comme jai encore un peu mal et quune petite goutte de sang perle, je me mets un jolie pansement bleu. Avec ça, ça va tout de suite mieux. <o:p></o:p>
Je retourne dans le jardin. Je revérifie labsence total danimaux. Tout à lair tranquille. Je soulève la planche, tout en essayant de tenir un marteau et un clou. Ce nest pas facile mais je fini, au prix dénormes efforts des bras, à planter un clou. Fière de moi, je lâche la planche. Qui est bien sûr, trop lourde pour tenir avec un seul clou. Tout mon ouvrage tombe misérablement par terre. Je crois que cest à cette minute précise que jai le plus regretter labsence de ma maman. Le bricolage, elle, elle maîtrise. Elle sait faire, elle aime faire et moi, je me contente de lui apporter de temps en temps une tasse de thé. Voilà ma façon de bricoler : je demande aux autres de faire, et je moccupe du ravitaillement en boissons. On appelle ça « échange de bon procédé ». <o:p></o:p>
Hélas pour moi, aujourdhui, je nai pas le choix. Mais jai déjà les bras en compote ! Une petite pause simpose. Il fait si chaud !<o:p></o:p>
A lintérieur, lair est à peine plus frais. Et, comme je nai pas encore fait de course, la bouteille de limonade fraîche qui me fait fantasmer en cet instant est absente de mon frigo. Evidemment Je me contente donc dun grand verre deau tiède. <o:p></o:p>
Retour devant la planche. Je la deteste déjà mais je ne renonce pas. Je veux pouvoir profiter de la chaise longue ! Je passe six longues heures à travailler. Je suis même obligé de consolider les deux poteaux qui . Au passage, jaccroche moj tee-shirt au barbelé et je le déchire un peu. Je suis obligé de trouver une pelle pour mettre de la terre autour de spieds, afin de consolider ma constructon. Jarrive, à grand renfort de clous et de scotch à faire tenir ma planche. Je suis si contente de moi ! Bon, je dois avouer quobjectivement, le resultat nest pas très esthètique. Ma planche était en fait un peu trop courte, du coup les deux poteaux sont penchés. Et le scotch pendouille un peu. Mais lensemble tiens. A moi la bronzette ! <o:p></o:p>
Je regarde lheure. Il est près de vingt heures. Le soleil est déjà en train de se coucher. Ça me donne envie de pleurer. Jai des ampoules dans les mains. Mon travail est affreux. Je nen profiterai pas aujourdhui. Jai soif. Jai abîmé un vêtement que jaime beaucoup. Jai de la terre sur mon jean. Une araignée est venue me rendre visite, jai eu la peur de ma vie, elle était énorme ! <o:p></o:p>
Déprimé par cette mauvaise journée, je décide de prendre un long bain relaxant. Une fois dans la salle de bain, je commence à enlever mes vêtements. Et là, une douleur intense me traverse au moment où le tissus frotte le long de ma nuque. Je me regarde dans la glace. Jai pris un énorme coup de soleil ! Mon visage, mon cou, mes avant-bras et même mes mains sont écarlates. Jétais si absorbé par mon entreprise que je nai pas fait attention. Comme jai la peau très blanche, je passe lété à me tartiner dindice 90.<o:p></o:p>
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