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Des listes de livres et de films, Kaamelott, le donjon de Naheulbeuk, citations philosophiques ou marrantes, paroles sympas, photos rigolotes, poèmes émouvants ou drôles, recettes super bonnes, Friends, des photos de moi trop délire, bref un site à voir a

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Un amour de Terrine
Par Claire Delhomme.


Chapitre 1

  Viens, tu verras, ça sera génial!
Je restai septique et vous verrez que ce n’était pas à tord. Déjà, l’idée de louer une maison au fin fond de la campagne, même avec des amis, ça ne m’emballait pas trop. Je ne sais pas pour vous, mais moi, au bout de deux jours de verdure à perte de vue, j’ai tendance à faire des overdoses de chlorophylle. Jusque là, c’est vrai, ça allait à peu près, j’étais assise dans le TGV et sur le point d’arriver à Bourg-en –Bresse, où mes chers amis devaient venir me chercher.
Et puis mon téléphone a sonné et là mes mésaventures ont commencé. D’après ce qu’ils m’expliquent, il y aurai un tout petit changement programme qui fait que je serais seule quelques jours, oh, vraiment pas longtemps. J’écoute à peine leurs explications et leurs excuses. La seule chose que je comprends c’est que je vais devoir passer les premiers jours de ces vacances si prometteuses abandonnée dans un village perdu au fin fond du néant campagnard, en plein mois d’août. Ce ne sera peut être que quelques jours mais j’ai déjà l’impression de démarrer un voyage de l’extrême. En plus, la climatisation du train est en panne depuis 2 heures alors qu’il doit faire 72°c à l’ombre. Depuis Paris, j’en suis déjà à ma quatrième mini bouteille d’Evian, le môme insupportable assis à côté de moi commence à sentir dangereusement des pieds et je crois que mon mascara non water proof coule.
 « Génial » n’est peut-être pas exactement le bon qualificatif…

 Bien sûr, quand j’arrive à la gare, je ne trouve pas de taxi. Après avoir erré avec mon énorme valise, mon sac à dos et mon sac à main top tendance mais énorme, j’atterri dans un café. Le patron est sympa avec moi et après avoir discuter un peu avec lui,  il semble que le moyen le plus simple pour rejoindre le village d’indien où m’attend la location - à soixante petits kilomètres d’ici - c’est d’attendre le lendemain matin et de partir avec la boulangère, parce que le taxi est parti en vacances.  Mais non, ça la dérangera pas, c’est une amie à lui, et elle adore discuter alors ça lui fera plaisir d’avoir un peu de compagnie. Bon, va pour la boulangère. De toute façon, vu les circonstances, je n’ai pas trop le choix.

 Le lendemain, après avoir passer une nuit dans un vieil hôtel, tenu par un vieux monsieur, j’embarque à bord d’une vieille camionnette – à croire qu’ils ont rien de neuf  ici- avec la vieille boulangère. Elle est plutôt sympa, le problème c’est qu’effectivement elle aime parler. Beaucoup. Trop. Et en plus, il y a un petit détail que je n’avais pas capté : ce n’est pas elle qui m’accompagne au village, c’est moi qui l’accompagne dans sa tournée ! Donc au lieu de mettre une demi heure, il nous faut trois heures de route, le temps de passer par tous les hameaux de la régions. Comme c’est une gentille femme, elle a l’extrême amabilité de me faire l’historique de chaque clocher, de me retracer la généalogie de chaque famille et de me raconter les rumeurs de chaque coin de rue. J’adore les potins, mais savoir que Madame Simone avait déchiré une carte postale le mois dernier après avoir foutu une claque à Marcel, soit disant parce que son tracteur avait écrasé des géraniums, très honnêtement, je n’arrive pas à m’intéresser, oui, même en faisait un gros effort. Enfin bon, au bout de trois heures qui en valent mille, et où j’ai vaillamment résisté à l’envie  d’arracher le pare soleil pour assommer mon chauffeur bavard, j’arrive sur la place de Poncin.

 Ô joie, Ô bonheur. Me voilà tel Ulysse ayant enfin atteint les rivages d’Ithaque. Soulagée d’être enfin arriver, je remercie tout de même chalereusement Martine. Mais mon bonheur est hélas de courte durée. Je regarde lentement autour de moi. Où suis-je encore tombée ? Qu’ai-je fais pour mériter ça ? Moi qui ai du mal à survivre loin du métro, de la place Soufflot et du jardin des plantes ?? C’est une mauvaise blague ou une caméra cachée, mais je refuse de croire que l’endroit « trop coooool » choisi par mes potes soit ce village de quatre-vingts seize habitants dont soixante-treize sont sûrement du troisième âge ! Maintenant j’en suis tout à fait certaine : je vais mourir. En plus, si ça se trouve, se ne sont même pas des vieux mais des extraterrestres déguisés en humain, comme dans Men in Black, parce que franchement, quel humain voudrait s’exiler dans un trou pareil ? Ils vont prendre le contrôle de mon cerveau et m’obligé à labourer les champs avec mes super sandales qui seront ravagés par la terre. Puis ils me feront couper du bois pour l’hiver jusqu'à ce que mes mains aient des rides !

 Bon, comme je suis super courageuse, je soulève quand même mes bagages et je prends la première - et unique -  rue afin de trouver mon gîte. L’avantage, c’est que je risque pas de me tromper, il n’y en a qu’une seule avec l’affreux macaron « gîtes de France » et vu la taille du village, je ne risque pas de me perdre.
Sauf que je n’étais pas censé être la première ici. Donc je n’ai pas les clés… Là, nouvelle angoisse. Il me faut bien dix minutes pour trouver un endroit où mon portable capte afin d’appeler mes amis pour avoir le numéro ou l’adresse du propriétaire. Ces dix minutes sont très significatives à mes yeux : je vais passer quelques jours seule au monde, dans un endroit où je n’aurais pas constamment cinq barrettes de réseau ! Je commence à avoir des sueurs froides. Respirer profondément, calmement. Je peux le faire.  Je finis par obtenir une tonalité et à récupérer le numéro. Ouf.

Une fois prévenu, le propriétaire ne met que quelques minutes à venir puisqu’il habite aussi dans le village. C’est un vieux monsieur (encore !), assez gentil, qui a un talent remarquable. En moins de trois minutes montre en main il arrive à me raconter une grande partie de sa vie marital, son mariage, le caractère difficile de sa femme et est ce que je veux bien arroser sa plante verte ? Il parait que sa femme fait une allergie mais lui, il ne peut pas s’en passer, il l’adore, sa petite plante. Du coup il la mise dans la maison, et il vient tous les deux jours pour s’occuper d’elle. Il m’a dit le nom exact en français et en latin mais je l’ai instantanément oublié.  Ne voyant pas trop comment refuser ni comment lui expliquer que je n’ai absolument pas la main verte, j’accepte du bout des lèvres.
 Puis je découvre avec quelques appréhensions l’intérieur de la maison. Tout d’abord la cuisine. Immédiatement je me sens mieux. Il y a un four micro-onde qui me permettra de ne pas mourir de faim. Comble du luxe, je découvre ensuite une machine à café. Ma survie sera peut-être, je dit bien peut-être, possible finalement…
Comme il est déjà presque midi, je décide de continuer mon exploration après le déjeuner. Sauf que… le frigo est vide. Evidemment. Heureusement, face aux grands problèmes, je n’ai jamais eu peur de prendre les grandes décisions nécessaires. Je décide donc immédiatement de planter un potager. D’un côté, je mettrais les légumes et de l’autre, des herbes aromatiques en tout genre. Et je construirai une petite fontaine en marbre blanc. Et je pourrai élever quelques poules et des lapins. Je construirai moi-même de beaux clapiers que je peindrai en rose et vert anis. J’ai vu ça dans déco, c’est top tendance pour les chambres. Et je ne vois pas pourquoi les lapins n’auraient pas le droit d’avoir de beaux murs. Et je ferais des tartes aux myrtilles. Ou une tarte au citron. Bien sûr il faut d’abord que je plante les arbres, mais ça je demanderai à ma maman, elle s’y connaît bien en plantation. Et je ferai des gratins aux légumes du jardins. Et je …

J’avoue, en fait, j’ai juste fini de manger le paquet de petits Lu que j’avais encore dans mon sac, un paquet entier de fraises tagadas – d’ailleurs ça écœure très vite  -  et un chewing-gum. Le tout arroser d’un grand verre d’eau. Les poules, les arbres et la tarte attendront…

Voilà, ça c’est fait… Maintenant grande question : comment vais-je occuper mon après-midi moi ? Ici, sans voiture, sans réseau, sans ordinateur, sans personne ? Pour ne pas tourner en rond, je prends ma valise et je commence à explorer mon nouvel intérieur. On appelle ça la « familiarisation avec le milieu hostile ». En premier, le salon. Rien de très intéressant, sauf un lecteur DVD. Mais je n’ai pas pris de DVD avec moi, évidemment. Je découvre aussi la plante dont je dois m’occuper. Elle trône, immense, dans un pot en plein milieu de la table de basse. Personnellement, je lui trouve rien de particulier, mais la botanique, ça n’a jamais été mon fort. En plus, je trouve qu’elle gêne sur la table. Je la soulève avec difficulté – elle pèse une tonne cinq au moins ! – et la pose dans un coin de la salle. Puis je découvre les toilettes. Il y a un petit cadre représentant une Sainte. Etrange idée que de l’accrocher là, non ? Mais bon, je ne veux pas juger. A l’étage, quatre chambres et deux salles de bain. Je prends tout mon temps pour choisir la plus belle pièce, les premiers arrivés sont les premiers servit, et toc ! Je m’installe tranquillement dans une belle pièce lumineuse avec de jolis rideaux écrus. Le lit grince un peu mais de toute façon, tous les lits où j’ai dormi, à la campagne, grinçaient. Je vide ma valise, je retouche mon gloss, je revérifie pour la cinquième fois l’absence de message sur mon répondeur… Il doit au moins être 14h là.

Je vérifie avec espoir à mon poignet. 12h15. Et là, tout à coup, je ressens comme une vague de panique. A la campagne, le temps s’arrête. Je vérifie ce phénomène depuis que je suis toute petite. A chaque fois c’est pareil. Il suffit que je m’éloigne un peu des relais téléphone, qu’il y ait autour de moi trois champs ou plus et que je sois à moins  de deux cent mètre d’une vrai vache et là ça ne loupe jamais. Le temps s’arrête, l’air semble immobile et j’entends mon propre souffle. Je suis comme perdu dans le vide galactique. L’angoisse totale. J’ai du mal à respirer. J’ai besoin du contact de la civilisation. Rapidement ! Tout de suite !


Chapitre 2

C’est ainsi, avec la ferme attention de pactiser avec les peuplades de ces terres reculées, que je quitte la maison. J’adore les gâteaux secs, mais de la à ne manger que ça pendant trois jours, il y a tout un monde.
Je sors dans la rue et me dirige lentement vers la place centrale. L’ambiance est menaçante. Il fait très chaud. Tout est silencieux. Le village semble désert. On se croirait dans un mauvais Western, surtout quand je vois une poule traverser la rue en picotant. Je pourrai croiser John Wayne que ça ne m’étonnerai qu’à moitié. J’essaye de me concentrer sur mon objectif : trouver de quoi remplir mon frigo. Je me laisse guider par l’odeur alléchante d’un poulet rôti. Cette solution est mille fois plus simple que de courir moi-même après une volaille qui refuse de ce laisser attraper.

C’est ainsi que jai atterrie dans cette petite boucherie local. Tant mieux pour moi, cette boutique semble être le point de ralliement du village, là où tout se passe, là où ça bouge ! C'est-à-dire qu’au moment où j’arrive, il y a trois vieilles dames et le boucher qui discutent avec animation. Autant dire qu’il y a foule !
 La première des vieille est assise sur une chaise, son caddie rose fluo coller à elle. La seconde tiens dans ses bras un genre de caniche affreux blanc sale qui aboie aigu. Je déteste les chiens et encore plus les caniches qui aboient aigu. La troisième, superbe dans sa jolie blouse fleurie, très estivale, bouge avec conviction les bras dans tous les sens pour appuyer ses propos. Mais au moment où j’entre, j’assiste à un magnifique arrêt sur image grandeur nature. C’est impressionnant. En une fraction de seconde, les trois arrêtent leurs bavardages, se tournent vers moi et me passent au scanner intégral. C’est encore pire que lors d’un entretient d’embauche ! Faut dire que je ne dois pas avoir le look couleurs locales avec mes sandales compensées, mon sac à main top tendance et ma manucure nickel. Heureusement qu’elles ne savent pas que j’ai mon pass navigo dans une poche et un téléphone portable dernière génération dans l’autre. Puis, brusquement, comme si je n’avais jamais fais irruption dans leur monde, elles repartent de plus belles dans la critique gastronomique du dernier déjeuner de famille donner par la voisine, Madame Jeannine semble-t-il. Résignée à mourir d’ennuie debout en attendant mon tour, je passe en revue la boutique du regard. Elle a tous les détails du commerce de proximité villageois. A gauche de la porte, un grand bac remplie de paquets de chips en tout genre. Personnellement, je déteste ceux avec les goûts chimiques et bizarres genre « barbecue » ou « bolognaise » et pire encore : « oignon ». J’ai toujours eu un problème avec les produits « goût oignon ». Une fois, lors d’un voyage scolaire en Angleterre, alors que j’avais vraiment faim, une fille m’a proposer un muffins que sa famille d’accueil lui avait donné. A l’oignon. Sauf que je ne le savais pas. Et les muffins aux oignons, ce n’est pas bon du tout. Une autre fois, sur un marché de Noël de dégustation, j’avais pris une grande cuillère de confiture à la poire pour goûter. Et surprise ! Je n’avais pas pioché dans le bon pot et j’ai avalé une grande bouché de confiture à l’oignon. Et la confiture à l’oignon, quand on attend de la poire, ce n’est pas bon du tout non plus… Mais je m’égare là. Je pioche rapidement un paquet nature et je continue mon observation. Sur le même mur, il y avait des étagères avec des paquets de pâtes et des conserves en tout genre. Boucherie-épicerie, le grand luxe quoi... Le côté droit était occupé par la vitrine. J’ai toujours trouvé ça un peu écoeurant : les salades composés qui ne ressembles à rien, les pâtés en croûte, toutes ces… choses qui flottent dans de la gélatine brunâtre, et ces tranches de viandes sanguinolentes. Le pire dans tout ça, se sont les cervelles et les langues. Brrr… rien que d’y penser ça me donne la chair de poule. Je relève donc assez rapidement les yeux. Comme dans presque toutes les boucheries du pays, il y a un poster au mur avec un cochon rose en costume bleu et un chapeau à rayure, qui rigole. Je ne comprend pas. Pourquoi ont-ils tous cet affreux poster ? C’est un cadeau offert pour « toute boucherie ouverte » ? Et bien sûr, sur le comptoir, il y un autre petit cochon, en céramique celui là et avec une fente sur le dos. Il y a-t-il vraiment des gens qui donne un pourboire à leur boucher ?? Je trouve l’idée étrange, après tout on n’en donne pas dans les grands magasins, ou quand on achète un tee-shirt…
 L’attente s’éternise, c’est-à-dire que j’attends bientôt depuis plus de cinq minutes, ce qui est intenable pour quelqu’un qui comme moi, viens d’une ville où quand on marche au lieu de courir c’est qu’on est perdu ou touriste. Je tente alors de m’intéresser discrètement à la conversation.
  « Parait que le p’tit de la Jeanne, c’est le portrait craché de son père… c’est pas facile de commencer dans la vie avec un tel handicap…
  - C’est surtout triste pour la mère ! Si au moins il avait eu ses yeux, mais non ! En plus il parait qu’il suit les traces non recommendables de son frère…
  - C’est comme Luc, le fils de Madame Bourdin, hier il a été pris dans le jardin du vieux Maurice, en train de voler des framboises ! Il parait que… »
L’anecdote est amusante mais je me lasse rapidement. Le boucher le remarque, ainsi que mon exaspération grandissante. Ok, c’est parce que je pianote des doigts sur le bord de la vitrine en soufflant un peu et en regardant en l’air depuis cinq minutes. Mais bon, je n’allais quand même pas rester ici, à attendre que les trois vieilles passent en revue toute la population du village, leurs descendances et les voisins des petits enfants ! Même si c’est drôle à écouter quelques instants.
 «  Alors mademoiselle, qu’est ce qu’il vous faut ?
Heureuse que ça soit enfin mon tour, je réponds en souriant.
  - Un poulet rôti s’il vous plait.
  - Avec ou sans patates ?
  -  Sans, merci.
  - Je suis désolé, elles ne veulent pas partir…dit-il en agitant le sachet en papier.
  - Pardon ??
  - Les patates, elles ne veulent pas partir du sachet… »
Avec un grand sourire, il secoue de nouveau le sac sur lequel est représenté une petite poule brune entourée de pommes de terre de jaunes, sur un fond de campagne. Je comprends la blague, il parle du dessin. C’est misérable. Mais au moins, maintenant je sais pourquoi il y a foule dans sa boutique : c’est LE rigolo du village, celui qui y met de l’animation, qui le fait vivre ! Je tente un pauvre sourire mais je ne pense pas que soit très convainquant. La blague n’est vraiment pas assez drôle. Je dois vraiment faire une tête bizarre, parce qu’il rajoute :
  «  N’attristez pas votre front gracieux, ce n’est qu’une blague, continuez à sourire, c’est si joli.  Et il me fait un petit clin d’œil en emballant mon futur dîner. Là, je suis étonnée. Je dois faire erreur, ce n’est pas possible. Non, sérieusement ?
  - Désolée, je dois rêver debout, mais merci, c’est gentil à vous…
  - Riez pourtant !
  - Du sort ignorez la puissance… »
C’est à son tour de faire un grand sourire. Je ne rêvais donc pas. Il est en train de me citer A une jeune fille de Victor Hugo. Je décide de le tester encore un peu, on ne sait jamais. Je lance au hasard :
«  Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres …
  - Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
  Maintenant que je suis sous les branches des arbres…
  Et que je puis songer à la beauté des cieux … »
 A Villequier. Comme ça, sans hésiter, il complète les vers d’un poème inconnu pour la plupart des littéraires que je fréquente habituellement. J’en reste bouche bée. Il a fallu que ça tombe sur un boucher perdu au fin fond de la campagne. J’ai tellement du mal à y croire que je tente un dernier vers.
 «  Le rêve et la brume…
  -Vont où va la nuit ;
  Paupières et roses
  S'ouvrent demi-closes ;
  Du réveil des choses
  On entend le bruit. »
  L’aurore s’allume. Sans faute, sans oublier un mot, il récite la fin de la strophe. Cet instant est magique. Pour la première fois de ma vie, je rencontre un homme qui :
1)    sache du Victor Hugo par cœur.
2)    Ait moins de cinquante ans et ne sois pas à moitié chauve.
3)    Ait un plan B dans la vie autre que chanteur, poète ou clochard-bôhème.

 Lui aussi à l’air content. Les trois vieilles, elles, sont muettes. On dirait trois statuts mais je suis certaine qu’elles ne perdent pas un mot de la conversation. Je soit sûrement être en train de leur donner matière à causer pour les vingt prochains hivers. Il me tend le poulet et les chips. Je paye et je m’apprête à quitter la boutique quand il me demande timidement :
  - Mademoiselle, si je peux me permettre, si cela vous intéresse, il y a le serto à Nantua, demain matin, vous devriez venir…
  - Le quoi ?
 Devant mon ignorance, la vieille au caddie se met à pouffer. Je la calme immédiatement avec le regard-qui-tue-numéro-17.
  - Le C-R-T-O. répète-t-il avec amabilité. Le Concours Régional de la Terrine d’Or.  En disant ça il rougit jusqu’à la racine des cheveux.
  - Et bien, euh… pourquoi pas…
Pourquoi pas ? J’ai déjà une très bonne raison qui me vient instantanément à l’esprit : parce que je ne veux pas aller à une assemblée de rustres qui se réunissent pour manger du pâté en parlant cochon et volaille.
  - Je ne sais pas, peut-être…
  - Ça me ferai plaisir…
Il est tellemtent cramoisi que ça en devient touchant.
  -  Je verrai… Au revoir Monsieur.

Chapitre 3

 De retour à la maison, je repense à la scène. Victor Hugo par cœur quand même ! Où alors il n’en connaît que trois et il a eu beaucoup de chance. Mais les probabilités sont minces. En plus il était plutôt mignon dans son genre… mis à part le gros tatouage en forme de scorpion sur son bras droit et le petit en forme de triskèle celtique sur le poignet gauche. Je n’aime pas trop les tatouages, pour moi ça fait homme-qui-veut-faire-viril ou femme-qui-veut-faire-sexy alors qu’en fait, ça fait juste dessin-horrible-surtout-quand-on-vieilli. Mais bon, chacun ses lubies. Moi ça fait des années que je collectionne les sacs à main et tout le monde ne comprend pas pourquoi…

J’étais en train de m’installer une chaise longue dans le petit jardinet derrière la maison, toute entière à mon analyse quand soudain la peur de ma vie ! Je me retrouve presque nez à nez avec une gigantesque vache ! Elle, pas un battement de cil, pas un poil qui bouge, elle me regardait tranquillement en mâchouillant un touffe d’herbe. Et en bavant un peu. Mais moi, les animaux, c’est encore pire que la campagne. Que ça soit un escargot mignon, un chien gentil, un bébé phoque trop chou ou une Montbéliarde énorme qui s’appelle Marguerite –ça je le sais parce que c’est écrit sur l’étiquette orange de son oreille – je flippe. Attendez que je m’explique. Pour la plupart des humains il y a différentes catégories d’animaux: les insectes, les mammifères, les poissons, les reptiles, les oiseaux… bref tout est bien ordonné selon tout un tas de critères.  Chez moi c’est beaucoup plus simple : il y a les animaux dangereux d’une part et les animaux très dangereux d’autre part. Ou alors quand je fais un effort, il peut y avoir : les animaux à éviter, les animmaux à éviter à tout prix, les animaux flippants et les animaux répugnants. Pourtant il faut faire attention, même si je déteste toutes les bêtes, cela ne m’empêche pas d’être révoltée quand on les maltraite, d’être farouchement opposé au port de la fourrure et des bijoux en ivoire et de haïr les méchants qui font des marées noires qui tuent les oiseaux et les poissons. Donc je me retrouve nez à nez avec Marguerite. La situation est totalement ridicule. Elle porte un nom de jolie petite fleur des prés alors qu’elle fait au moins un mètre cinquante au garrot pour huit cent kilo de viande ! Elle s’est sûrement échapper d’un champ voisin. Et ce n’est pas moi, avec mes cinquante-cinq kilo tout mouillé, mon livre et ma chaise longue, qui vais la déplacer. Surtout que tout mon être refuse catégoriquement de s’approcher. Brusquement, toujours sans bouger, elle me lance un long meuuuuuuuuuh. Je fais un bond de cinq mètres en arrière tellement je sursaute fort. Je suis sûre qu’en plus, elle se moque de moi, on dirait la Vache qui Rit quand elle me regarde.
Puis, tranquillement elle se met à avancer. Panique ! Elle se rapproche ! Alerte rouge ! Je me fais attaquer par un monstre à cornes ! Elle a une langue gigantesque qu’elle utilise pour nettoyer son  nez qui coule ! Beurk ! Au secours !
N’écoutant que mon instinct de survie, je fais une prudente retraite dans la maison en priant très fort tous les dieux, même ceux de la mythologie grecque, de me sortir de ce mauvais pas. Je pense qu’ils m’ont entendu vu que la vache, après avoir distraitement fait un tour sur la terrasse en ciment, a fait demi-tour. Je la suis du regard. Il y a dans le fond du jardin un grand trou dans la clôture, qui donne directement sur un troupeau. Je vais devoir vivre face à dix génisses plus grosse que ma voiture –oui, je roule en smart, et alors ? – pendant deux semaines. C’est sûr, je vais mourir. Le milieu est bien trop hostile…

 J’appelle donc rapidement le propriétaire de la maison pour lui expliquer mon problème d’invasion. Il a le culot de se marrer ! Il ne dois pas comprendre la détresse qui est mienne en cet instant. Savoir qu’a chaque instant mon espace vital peut être envahi par un représentant de l’espèce animal est une angoisse que je ne peux pas supporter.  Au lieu de compatir, il me dit que ce trou existe depuis des années, que ce n’est pas grave, qu’en général les vaches ont la trouille et qu’elles ne devraient plus revenir maintenant qu’elles ont vu que la maison était de nouveau occupée. Mais ma voix commence à monter dangereusement dans les aigus. Je dois avoir l’air hystérique puisque au bout d’un moment il fini par accepter de venir régler mon problème de cohabitation. Je le remercie chaleureusement quand il me dit :
 -Au revoir, je passerai demain.
 - Très bien, merci beaucoup. A demain. Et nous raccrochons.
Je ferme mon portable quand soudain je tilte. Demain ? Mais comment je vais passer l’après midi moi ? Je ne peux pas m’installer alors que le trou est là, béant ! Mais de là à le rappeler alors que je viens de me ridiculiser pendant dix minutes en le suppliant de faire quelque chose, c’est trop. J’ espère très fort ne pas avoir le droit au Retour de la Vache II.  Cette fois le salon me parait beaucoup plus accueillant, même si je regrette de devoir rester enfermer alors qu’il y a un super soleil dehors. De toute façon j’ai oublier mon tube de crème solaire indice 90.

Je tourne un peu en rond dans la maison. Je devrais profiter de cette solitude pour lire les romans que je dois lire pour la rentrée. Surtout qu’ensuite je râle parce que je n’ai pas une minute de libre pour le faire. Mais j’ai avec moi deux perles de la littérature : Faust I et II de Goethe et Journal d’un voyage de Montaigne.  La deuxième partie du premier est si compliqué que même les grands critiques spécialisés n’arrivent pas à le commenter et le second est d’un ennuie total. Pendant près de 300 pages, l’auteur raconte le nombre de verres d’eau qu’il à bu dans chaque ville où il s’est arrêté lors de son voyage, le nombre de fois où il a été aux selles et le nombres de bains qu’il à pris en détaillant le temps qu’il a passé dans chacun d’eux. A mourir. C’est à vous déprimer de la littérature. Pour compenser j’ai aussi amener L’accro au shopping dit oui de Sophie Kinsella, mais celui là je le connais presque par cœur. Je sais, ma sélection n’est pas top, mais je ne m’attendais pas à finir toute seule je vous le rappelle !

 Je remonte dans les chambres et j’ouvre tout les placards. On ne sait jamais, je vais peut être découvrir un passage secret avec un long couloir souterrain. Puis au bout d’une heure de marche dans une ambiance lugubre mais où je garderai tout mon courage, je déboucherai dans une magnifique salle de bal où m’attendra un prince charmant endormi sur un grand fauteuil royal. Je le réveillerai d’un baiser. Au moment même où il ouvrira les yeux, il tombera follement amoureux de moi. On dansera au son d’une musique divine joué par des elfes blancs. Je porterai tout d’un coup la plus belle robe de chez Dior. Puis il m’emmènera visiter son beau palais climatisé. Et il m’offrira une immense bibliothèque avec la collection complète des Pockets. Et des Folios. Et des Livres de Poche. Ensuite, j’aurai le droit à un dîner romantique cuisiné par George Blanc en personne. J’en étais là de ma rêverie quand tout d’un coup, je découvre une grande planche en bois. Idéale pour, par exemple, boucher les trous dans les clôtures. Toute contente je redescends, non sans me planter une écharde dans le doigt…

 Je pose la planche dans le fond du jardin puis je pars à la recherche d’outils. Bizarrement, mon premier réflexe est de chercher dans le tiroir à couvert de la cuisine. Et oui, chez mes parents, il y a toujours un tournevis multi pointe rangé là. Une idée à ma mère. D’un autre côté, partie comme je suis, j’aurais plutôt besoin de clous et d’un marteau pour accrocher la planche entre les deux poteaux en bois. Je ne trouve rien non plus sous le canapé, endroit où moi je range habituellement les outils. Je fini enfin par trouvé mon bonheur dans le garage. Le premier problème, c’est qu’il y a tout un atelier en fait. Du coup je dois choisir entre cinq marteaux différents et dix sortes de clous. Le second problème, c’est que je ne suis absolument pas douée en bricolage et je n’ai aucune idée de ce dont je vais avoir besoin. J’attrape donc au hasard les premiers qui me tombe sous la main. On fera avec.

Pleine de bonne volonté, je m’atèle à la tâche. Je commence par vérifié soigneusement l’absence totale de vaches, d’insectes ou d’oiseaux dans mon périmètre de travail. Je soulève la planche qui, par miracle, fait la taille exacte du trou. C’est super, en deux minutes cette histoire sera régler !
Puis je retourne dans la maison enlever l’écharde de mon doigt, parce qu’elle me fait mal. Une fois dans la salle de bain, je fais tomber ma pince à épiler. Comme elle est tombé entre le lavabo et la baignoire, je mets cinq bonnes minutes, en me contorsionnant, à la récupérer. Et comme il à fallu que je vide entièrement ma trousse de toilette sur le sol de la salle de bain pour la localiser, je passe à deux doigts d’une gamelle magistrale en glissant sur le tube de dentifrice. Je me rattrape de justesse et je fini par réussir l’opération délicate d’extraction sans pleurer. Presque. Mais comme j’ai encore un peu mal et qu’une petite goutte de sang perle, je me mets un jolie pansement bleu. Avec ça, ça va tout de suite mieux, non ?

Je retourne dans le jardin. Je revérifie l’absence total d’animaux. Tout à l’air tranquille. Je soulève la planche, tout en essayant de tenir un marteau et un clou. Ce n’est pas facile mais je fini, au prix d’énormes efforts des bras, à planter un clou. Fière de moi, je lâche la planche. Qui est bien sûr, trop lourde pour tenir avec un seul clou. Tout mon ouvrage tombe misérablement par terre. Je crois que c’est à cette minute précise de ma vie que j’ai le plus regretter l’absence de ma maman. Le bricolage, elle maîtrise. Elle sait faire, elle aime faire et moi, je me contente de lui apporter de temps en temps une tasse de thé. Voilà ma façon de bricoler : je demande aux autres de faire, et je m’occupe du ravitaillement en boissons. On appelle ça « échange de bon procédé ».
Hélas pour moi, aujourd’hui, je n’ai pas le choix. Mais j’ai déjà les bras en compote ! Une petite pause s’impose. Il fait si chaud !

A l’intérieur, l’air est à peine plus frais. Et, comme je n’ai pas encore fait de courses,  la bouteille de limonade fraîche qui me fait fantasmer en cet instant est absente de mon frigo. Evidemment… Je me contente donc d’un grand verre d’eau tiède.
Retour devant la planche. Je la déteste de tout mon coeur mais je ne renonce pas. Je veux pouvoir profiter de la chaise longue ! Au final je passe six longues heures à travailler. Je suis même obligé de consolider les deux poteaux qui au passage, accroche mon tee-shirt au barbelé et le déchire un peu. Je suis obligé de trouver une pelle pour mettre de la terre autour des pieds, afin de consolider ma construction. J’arrive, à grand renfort de clous et de scotch à faire tenir ma planche. Je suis si contente de moi ! Bon, je dois avouer qu’objectivement, le résultat n’est pas très esthétique. Ma planche était en fait un peu trop courte, du coup les deux poteaux sont penchés. Et le scotch pendouille un peu. Mais l’ensemble tiens. A moi la bronzette !
 Je regarde l’heure. Il est près de vingt heures. Le soleil est déjà en train de se coucher. Brusquement, ça me donne envie de pleurer. J’ai des ampoules dans les mains. Mon travail est affreux. Je n’en profiterai pas aujourd’hui. J’ai soif. Une araignée est venue me rendre visite, j’ai en très peur. J’ai abîmé un vêtement que j’aime beaucoup. J’ai de la terre sur mon short en jean bleu clair.
 
Chapitre 4

 Déprimée par cette mauvaise journée, je décide de prendre un long bain relaxant. Une fois dans la salle de bain, je commence à enlever mes vêtements. Et là, une douleur intense me traverse au moment où le tissus frotte le long de ma nuque. Je me regarde dans la glace. J’ai pris un énorme coup de soleil ! Mon visage, mon cou, mes avant-bras et même mes mains sont écarlates. J’étais si absorbé par mon entreprise que je n’ai pas fait attention. Comme j’ai la peau  très blanche, je passe l’été à me tartiner d’indice 90 mais là je l’ai totalement oublié. Maintenant ça me brûle. Très délicatement je prends une douche à peine tiède. Ça pique, c’est douloureux. Puis la séance de séchage est une autre torture.
Et au moment où je veux m’étaler une couche bienfaitrice de biafine, je sens tout le poids de la solitude. Comme je n’arrive pas à l’étaler correctement sur mon dos, j’en ai dans les cheveux et sur mon débardeur propre. En plus, contre coup d’une journée au soleil sans chapeau, je commence à avoir froid et mal à la tête. Quand je reverrai mes amis, je les étranglerai un peu pour m’avoir abandonné là, puis je  les attacherai en plein soleil, tout nus barbouillé de confiture, comme dans la chanson de Perret.

 Le soir je savoure mon poulet rôti devant la télé. Le choix est limité, il y a la un, la deux, la trois, la cinq et la six. Ça change de mes trente-quatre chaînes à Paris, mais au moins le choix est vite fait. Je compense par le plaisir de manger avec les doigts comme une gamine.
Enfin la soirée passe tout de même lentement.


La nuit s’annonce longue. Pas une voiture, pas un métro, pas un avion qui ne passe pour me bercer de son vacarme familier. Puis brusquement je sursaute violemment : la cloche de l’église sonne les onze coups. Ma maison se trouvant juste derrière, je dois être celle du village qui en profite le mieux. Je finis par m’endormir d’un sommeil agité. Je passe la nuit à rêver de vaches menaçantes qui m’en veulent d’avoir fermer le trou dans la clôtures. Du coup elles me poursuivent à travers les champs où personne ne m’entend quand j’appelle au secours.

Le lendemain, je suis réveillé à cinq heures du matin. Parce que les rideaux écrus, c’est sûrement très jolis, mais ça n’empêche absolument pas la lumière d’entrer dans la pièce. Il fait donc totalement jour dans ma chambre. En plus,tous les oiseaux du coin semblent s’être donné rendez-vous sous ma fenêtre pour me faire un concert privé. Vous croyez que je peux en assommer quelques uns, de mon lit, en lançant un ou deux coussins par la fenêtre ? La journée commence comme un matin… à la campagne. A part le chant des oiseaux un peu crispant et un chien, très loin, qui aboie, pas un bruit. Toujours aucun coup de klaxon, aucun camion poubelle bruyant, bref aucun signe sonore familier de vie ! La cloche de l’église résonne. Maintenant, c’est sûr, je ne pourrais plus me rendormir, autant me lever.
  Comme je n’ai toujours pas fait de courses dans un magasin digne de ce nom, je n’ai pas de café, pas de pain, pas de jus d’orange. Et à cinq heures du matin, je peux toujours attendre pour avoir mon croissant, d’ici que la boulangerie ouvre, je serai morte de faim. En fouillant dans les placard de la cuisine, je découvre le saint graal : un pot de confiture ! J’avoue, nature, c’est pas top, mais mon choix se réduit à confiture nature ou  reste de poulet rôti froid ou encore poulet rôti froid à la confiture. L’idée est un peu écœurante, c’est vrai.
  Pour oublier ma faim je décide de m’habiller et de faire un tour dans le village en attendant que les boutiques ouvrent. Une fois devant le miroir, je fais une découverte qui inscrit définitivement cette journée dans les annales des « jours les plus pourris de la galaxie ». Je suis victime des effets secondaires et violents du coup de soleil. Brûlure au vingt-cinquième degré sur le nez égal pelage assurer. Mon appendice nasal ne ressemble plus à rien, si ce n’est à un genre de choucroute bizarre, rouge et affreuse. La biafine apaise un peu la rougeur mais bon, c’est pas aujourd’hui que je défilerai pour l’Oréal…
  La journée étant définitivement ruinée, je sors un peu, histoire de profiter au moins de la fraîcheur matinale.

Chapitre 6

Sur la place de village j’aperçois le boucher en train de charger sa camionnette blanche. Quand il me voit, il me fait signe de la main. Je me rappelle les vers qu’il m’avait cité la veille. C’est quand même intrigant. Et comme j’ai continué mon chemin sans ralentir, je suis maintenant obligé d’aller lui parler, à moins de faire un brusque demi-tour, ce qui serait totalement impoli. A mon approche, il me sourit gentiment.
  -Vous êtes bien matinale. Je croyais que les vacances étaient faîtes pour se reposer.
Je lui explique mon problème de rideaux quand je m’aperçois qu’il ne peut s’empêcher de fixer mon nez. Vu le carnage que c’est, je ne lui en veut même pas et j’enchaîne sur mon problème de vaches envahissantes. Il rigole un peu mais rajoute que si ça peut me rendre service, il pourra m’apporter une barrière. C’est chou…
 Le voyant jeter un coup d’œil à sa montre, je décide de continuer ma balade.
  - J’ai été contente de vous revoir et de discuter un peu. (Mais pourquoi je dis ça ? On dirai une ado qui suis son amoureux en cachette et qui fait ensuite semblant de le croiser par hasard.) Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. (voilà, directe, pour remettre les choses en place tout de suite).
  - Oh mais non ! Vous ne me déranger absolument pas… Mais je suis en train de charger la camionnette pour partir au CERTO…vous savez le concours…
J’opine de la tête sans vraiment écouter ce qu’il bafouille. Je viens d’apercevoir dans des bocaux de choses multicolores flottants dans un liquide qui ressemble à de la gélatine. On dirait des bouts d’extraterrestres dans du formol, comme dans un mauvais film de science-fiction. Si ça se trouve, en vérité, ce n’est pas un simple boucher de campagne mais un savant fou qui fait des expériences bizarres et illégales. Il fait des mélange étranges et il est sur le point de découvrir LA formule qui révolutionnera le monde, celle qui permettra de créer un vernis à ongle qui sèche en moins de sept seconde, qui tient trois semaines et qui pousse avec les ongles !
-    Alors, vous êtes d’accord ?
Je raterris brusquement sur terre. Je n’ai strictement aucune idée de ce qu’il vient de m’expliquer ni en quoi consiste sa demande. Vu l’air mi-souriant mi-suppliant qu’il fait, j’hésite un inst    ant avant de répondre.
 -Euh…et bien… oui














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